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« Aya de Yopougon » : le tome 7 sera un film

« Aya de Yopougon » : un film en guise de Tome 7

Ecrite par Marguerite Abouet et illustrée par Clément Oubrerie, Aya de Yopougon est une série de six bandes dessinées. Au lieu de publier un septième volume, les auteurs ont choisi de faire une adaptation en long-métrage d’animation, qui sortira le 17 juillet 2013. C’est en raison de cette actualité que j’ai choisi de revenir sur cette B.D.

Aya de Yopougon

En dépit d’une grande curiosité, je manque cruellement de connaissances en matière de bande dessinée. Aussi loin que je me souvienne, j’ai du lire deux Tintin et autant d’Astérix. A l’heure actuelle, les rares albums qui ornent les rayons de ma bibliothèque sont des cadeaux offerts au fil du temps. Alors pourquoi avoir acheté et dévoré les six volumes de Aya de Yopougon ? Sans doute parce qu’il s’agit de l’une des rares bandes dessinées françaises qui mette en scène le quotidien de noirs qui vivent en Afrique.

En effet, Aya (l’héroïne) et ses amies vivent à Yopougon, un quartier populaire d’Abidjan (Côte d’Ivoire). Les aspects de leur vie quotidienne sont croqués dans les détails : sorties, études, soucis financiers, place de la femme, situations rocambolesques, etc.

Pour ceux qui comme moi connaissent Abidjan, Aya rappellera nombreux souvenirs, car la B.D. traduit littéralement l’atmosphère de la cité ivoirienne. Les autres découvriront une population hétéroclite, avec ses codes, ses us et coutumes et ses tournures linguistiques bien typiques. J’ai lu chaque opus avec le sourire aux lèvres, notamment en raison du vocabulaire imagé et décalé du français ivoirien. Entre les termes fraîches gos (ou freshies), pour désigner les « jolies filles », ou encore l’expression « ton dos est glacé » (« tu te prends pour qui ? »), il y a de quoi y perdre son ivoirien. Que les non initiés ne s’effraient pas : l’auteur a tout prévu et a ajouté  un « Bonus ivoirien » à la fin de chaque volume. Ces quelques pages contiennent un lexique, des recettes de cuisine et des conseils très précieux : comment nouer son pagne, bien rouler des fesses ou encore mettre son enfant au dos.

Outre l’humour et le voyage dans l’espace, Aya offre également un voyage dans le temps. Le récit se déroule dans les années 70, une période où il faisait bon vivre en Côte d’Ivoire, le pays étant alors symbole de prospérité et de stabilité. Ainsi, on perçoit entre les bulles une note de nostalgie, loin des affrontements entre les militants de Laurent Gbagbo et partisans d’Alassane Ouattara.

La chronique sociale reste en effet très présente, puisque Aya permet de découvrir le quotidien des ivoiriens à partir de trois points de vue : celui d’Aya et de son entourage, qui n’ont jamais quitté le pays ; celui d’un ivoirien de retour en Côte d’Ivoire, qui tente désespérément d’abuser de la crédulité de certains de ses concitoyens après son « expérience française » ; et celui d’un ivoirien installé à Paris, qui découvre petit à petit que l’Eldorado français n’existe pas.

Enfin, je pense qu’une B.D. française qui raconte l’Afrique avec un ton aussi juste mérite qu’on s’y attarde quelque peu. Finalement, de Paris à Yopougon, il n’y a pas de grande différence hormis la couleur de peau.

Parisienne, maman, bobo, superficielle, hyperactive et geek.

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